… retour sur 10 ans de réflexions : du Gripen au F-35.

Photo de couverture © Thierry Murcia (Zigermeet 2019).

La Suisse, client historique de Dassault Aviation pendant 40 ans

Tout comme l’Egypte ou l’Inde, la Suisse était un client historique du constructeur français.

C’est à la fin des années 50 que la Confédération suisse entreprend l’acquisition de nouveaux matériels. Dans un premier temps, elle retient 3 appareils : le Lockheed F-104 Starfighter, le SAAB J-35 Draken et le Mirage III de Dassault. La nécessité d’adapter le Mirage III aux besoins suisses complexifie le projet. En effet, l’appareil doit pouvoir décoller très court, ce qui oblige le constructeur à envisager l’intégration de fusées SEPR ou JATO, permettant d’obtenir un bref instant une poussée additionnelle au décollage. De même, les Suisses demandent à intégrer sur le Mirage III le radar Hugues Taran 18.

Néanmoins, le Draken de SAAB dispose de quelques atouts, dont un système de navigation et d’attaque (SNA) plus évolué (conception mi-suédoise mi-américaine). Très vite, les performances d’évolution du Mirage III ont raison des réticences suisse, de même que les performances au décollage et atterrissage du F-104 écarte peu à peu celui-ci d’une possible victoire. En fin de compte, si le Draken semble légèrement meilleur marché, le Mirage III finit par convaincre les pilotes suisses par son confort de pilotage et sa plus grande autonomie. Par ailleurs, Dassault démontre une plus grande souplesse dans la « customisation » possible de l’appareil.

Le saviez-vous ? Dans les années 50, la Suisse tenta de développer son propre avion de combat à réaction. L’entreprise Flug und Fahrzeugwerke Altenrhein AG (FFA) construisit cinq exemplaires du P-16, mais celui-ci ne dépassa pas le stade de prototypes (source).

Mirage IIIS en 1988. Si la Suisse avait choisi le Rafale … © Paul Schaller
Fabrication sous licence du Mirage III

Finalement, la Suisse opte pour le Mirage III en juillet 1961. La commande porte sur :

  • 1 Mirage IIICS (banc d’essais)
  • 2 Mirage IIIS
  • 1 Mirage IIIRS de reconnaissance
  • 3 Mirage IIIBS biplaces
  • … ainsi qu’une licence de fabrication pour 100 appareils !

Néanmoins, l’intégration et l’achat d’équipements américains, ainsi que les investissements de l’industrie suisse pour assurer la fabrication du Mirage, entraînent rapidement un dépassement budgétaire. Il conduira très vite à une réduction des commandes de 100, à 57 exemplaires. On estime d’ailleurs que les Mirage suisses coûtaient environ le double des Mirage IIIE français. En revanche, leurs équipements en faisaient certainement le meilleur intercepteur en Europe …

Les premiers F-18 Hornet arrivant en 1997, la suisse retire du service ses Mirage IIIS en 1999. Le tout dernier vol militaire d’un Mirage III se déroule le 17 octobre 2003.

Décollage JATO pour ce Mirage IIIRS en 1998. Les bidons supersoniques de 500 litres sont d’origine israélienne et largables © Paul Schaller
Le saviez-vous ? En 1983, les Suisses modernisent leurs Mirage III par l’ajout de plans canards. La distance de décollage est ainsi réduite de 300 m et l’avion réduit son diamètre de virage de 500 mètres. Et pourtant, ceux-ci étaient seulement fixes ! L’incidence maximale en subsonique atteint 42° !
Mirage III DS « J-2012 » à Payerne en 2019. Son dernier vol militaire remonte à 2003 et il appartient désormais à la fondation « Clin d’ailes » (Musée de l’aviation militaire de Payerne) © Paul Basque
La Suisse rejette le Rafale en 2011, et annule le projet d’acquisition du Gripen en 2014

Arrivé grand gagnant de 2 séries d’évaluations, le Rafale n’en sera pas moins éliminé le 30 novembre 2011 de la course au titre visant au remplacement de la flotte de F-5 Tiger (98 exemplaires entrés en service en 1978). Le Gripen retenu, les évaluations du modèle « E/F » commencent pour l’acquisition de 22 machines dans un budget de 2,6 milliards d’euros.

18 mai 2014 : par voie de référendum, la Suisse rejette le projet d’acquisition de 22 Gripen. Restent désormais à retirer progressivement du service les F-5, dont une vingtaine opère toujours en 2021. Les 30 F/A-18 actuellement en service, devraient quant à eux rester en service jusqu’à l’arrivée de leurs successeurs.

Nouvel appel d’offre : le programme Air2030

La Suisse fixe les conditions d’un nouvel appel d’offre en 2018. Le besoin porte sur un nouvel avion de combat et un système de défense sol-air. En 2019, le Rafale est à nouveau soumis aux évaluations de la Force Aérienne suisse, dans le cadre du programme Air2030.

Le Rafale B 301 pendant la campagne d’évaluation suisse de 2019. Si la Suisse avait choisi le Rafale … © SwissSpotter
Le Conseil Fédéral impose le F-35A

En fin de compte, c’est vers le F-35 que la Suisse se tourne le 30 juin 2021. L’acquisition repose sur 36 appareils. Les commandes de Rafale restent donc les suivantes :

  • France : 192 appareils neufs (dont 12 destinés à la Grèce et 12 pour la Croatie)
  • Egypte : 54 avions neufs
  • Qatar : 36 appareils neufs
  • Inde : 36 appareils neufs
  • Grèce : 6 avions neufs + 12 prélevés à l’Armée de l’Air française
  • Croatie : 12 appareils prélevés sur le parc de l’Armée de l’Air française

Vraisemblablement, les F-35A suisses pourraient équiper le Fliegerstaffel 11 de Meiringen, et les 17 et 18 de Payerne.

Une nouvelle unité « Tigre » aurait été équipée de Rafale …
… et l’on se prenait à imaginer une Swiss « Rafale » Solo Display Team … © Thierry Murcia
… et admirer des Rafale durant Axalp. Si la Suisse avait choisi le Rafale … © Thierry Murcia
La surveillance du ciel avec le système SkyView de Thales

En septembre 2019, Armasuisse retient SkyView pour moderniser le système de surveillance aérienne Suisse.

L’ensemble permet de corréler les données civiles et militaires en temps réel et améliore ainsi la qualité de la représentation globale de l’espace aérien tout en accélérant la prise de décision. Par ailleurs, il propose également aux opérateurs d’assurer la police du ciel, la détection et le traitement de toutes les menaces aériennes.

SkyView est le résultat de 50 ans d’expérience dans le domaine des opérations aériennes. Il opère dans plus de 30 pays et plus de 80 centres de commandement et de contrôle. Il intègre les données de plus de 600 radars et permet de se connecter à des systèmes externes avec plus de 60 types d’interfaces.

Un F-18 du Fliegerstaffel 11 « Tigers » pendant le Tiger Meet 2014. Le potentiel d’heures de vol des Hornet est entre 5000 et 6000 heures © Paul Basque
Bon nombre de F-5 suisse sont désormais en service aux Etats-Unis, en unité « Aggressors » ©Eva Pache
Northrop F-5E Tiger II suisse. Si la Suisse avait choisi le Rafale … © Patrick Genoud

NDLR

Si l’envie vous prend d’en savoir d’avantage sur les Mirage III suisses, la rédaction vous recommande de lire « Les monoréacteurs Dassault à aile delta, Tome 4« , aux éditions LELA Presse.

Ah oui, j’oubliais ! J’avais préparé cet article en avance, avec l’espoir que la Suisse renouerait avec la France, comme à l’époque du Mirage III. N’ayant pu me résoudre à supprimer celui-ci et faire disparaître les photos de mes vénérables contributeurs, j’en ai fait une sorte de « whatif » très à la mode …

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