Explications par un ancien pilote de Rafale Marine engagé au Levant.

Dans les tactiques militaires, le soutien aérien rapproché (Close Air Support ou CAS) définit une action aérienne effectuée par des aéronefs contre des cibles hostiles qui se trouvent à proximité de forces amies. Elle nécessite une parfaite communication et coordination entre les forces présentes au sol, et la composante aérienne.

L’armement délivré peut être multiples, selon les moyens et les besoins : tir canon, roquettes ou bombes.

(Photo ci-dessus © Skywards Review)

Décryptage de Pierre-Henri « Até » CHUET d’une mission CAS

Imaginez-vous sur le terrain, pris à partie par l’ennemi … Des règles d’engagement à la délivrance de l’armement, « Até » vous explique un mission Close Air Support.

Durée de la première partie : 24 minutes.

Un peu de vocabulaire :

  • BDA (Battle Damage Assessment) : évaluation des dommages infligés à une cible par une arme.
  • SA (Situation Awareness) : perception des éléments et événements environnementaux par rapport au temps ou à l’espace, compréhension de leur signification et projection de leur statut futur.
  • TIC (Troops In Contact) : situation qui suppose un échange de tirs entre forces armées généralement au sol.
  • Cleared Hot : statut d’un avion de combat autorisé à délivrer de l’armement.
  • In Hot : passage sur objectif avec intention de tirer un armement.
  • In dry : passage sur objectif sans intention de délivrer de l’armement (observation)
  • Show of force : passage généralement haute vitesse et basse altitude d’un avion de combat, destiné à avertir ou intimider un adversaire. L’objectif est d’afficher sa capacité ou volonté de frapper.
  • FAC (Forward Air Controller) : personnel au sol dont la mission consiste à guider les avions de combat en situation de Close Air Support (définition de l’objectif et mise en sécurité des troupes amies présentes au sol).
  • JTAC (Joint Terminal Attack Controller) : se sont les yeux et oreilles du pilote au cœur des opérations aériennes. Spécialistes au sol de l’appui aérien rapproché, ces derniers portent une énorme responsabilité : celle d’autoriser à délivrer des feux à proximité des troupes amies, sans les mettre en danger, en prenant en compte les dommages collatéraux potentiels.
  • Friendly fire : tir accidentel sur des troupes amies (Ex. : en 1994, 2 F-15C de l’US Air Force abattent deux UH-60 Black Hawk de l’US Army en Irak, faisant 26 morts).
Profil d’attaque en mission Close Air Support
La fiche « 9-line » utilisée par les JTAC

La « 9-line » en détail :

  1. Position à partir de laquelle l’avion commencera sa course d’attaque vers la cible
  2. Direction de l’avion à la zone cible. Cela passe par le point de départ de l’avion. Le décalage L/R sert à éviter les ennemis ou le terrain par exemple
  3. Distance entre IP/BP et la zone cible
  4. Hauteur de la cible basée sur MSL (Mean sea level) et non sur ASL (Above Sea Level)
  5. Description de l’objectif
  6. Emplacement de la cible : une grille à 8 ou 10 chiffres
  7. Type de marquage
  8. Emplacement des forces « amies » par rapport à l’objectif
  9. Direction que l’avion prendra après l’attaque

Durée de la seconde partie : 13 minutes.

Le Fairchild A-10 Thunderbolt II dont « Até » parle dans ses vidéos
Le Fairchild A-10 Thunderbolt II, également connu sous le nom de « Warthog » ou « Hog » (phacochère en français) ici en 2015 à Tours.

Le canon du A-10 tire un « mix de combat » d’obus à la fois perforants/incendiaires et explosifs/incendiaires. La charge de combat standard de l’A-10 étant de 1 100 obus, celui-ci peut donc tirer un peu moins de 17 secondes à plein débit.

Les premiers A-10A furent livrés à l’USAF en octobre 1975. 715 appareils (dont un biplace) furent construits jusqu’en 1984.
Le canon GAU-8 Avenger de 30 mm peut tirer jusqu’à 3900 projectiles à la minute (soit 65 obus par seconde).

Plus d’informations sur le A-10 : ici (Photos ci-dessus : Philippe AMIEL)

L’armement du Rafale pour une mission CAS

 

Réapprovisionnement des 125 obus dont dispose le Rafale. Le 22 octobre 2014, un Rafale fait usage pour la première fois de son canon contre des fantassins de Daesh à proximité de Falloujah en Irak © Armée de l’Air
Le Canon NEXTER 30M-791 du Rafale © David Biscove
Bombes propulsées AASM © Guillaume Normand
GBU-12 sur AT-730
Bombes guidées laser GBU-12 dont les premiers tirs remontent au printemps 2007 en Afghanistan. Le 28 mars 2007, un Rafale M vient en aide à des troupes néerlandaise en mauvaise posture dans une vallée afghane © Philippe AMIEL
Les débuts du Close Air Support

En 1916, pendant la première Guerre Mondiale, le mitraillage des tranchées par les avions apporte une aide considérée comme « décisive » sur le champ de bataille. Sopwith et Spad appuient les troupes lors de la bataille de la Somme.

Il semble que les début du CAS remontent en 1943, durant l’Opération Torch en Afrique du nord. L’objectif était alors de permettre aux troupes US et anglaises de rejoindre la huitième armée britannique en direction de l’Égypte et de la Libye vers l’ouest pour écraser l’Afrika Korps allemand. A cette occasion, l’aviation participa activement à la bataille de Kasserine en Tunisie. Cependant, la coordination de l’artillerie et du soutien aérien ne sera réglé qu’avec la bataille de Normandie en 1944.

Durant la Guerre de Corée, on estime à 23% le nombre de missions consacrées à l’appui aérien et 55% pour l’interdiction. Le P-51 Mustang opère alors à partir de pistes sommaires, avant que les F-84E n’entrent en service en 1950.

La Guerre du Viet-Nam voit l’apparition du Douglas A-1 Skyraider, mais la montée en puissance des défenses anti-aériennes adverses entraîne leur retrait en 1967. F-4 Phantom et F-100 Sabre prennent le relais pour des actions rapides de frappes sous le contrôle des « FAC ». Environ 30% des missions CAS furent jugées « immédiates » pour répondre à un besoin urgent des troupes au sol, les appareils étant régulièrement « retaskés » pendant le vol.

Entre 1960 et 1976, l’Armée de l’Air exploite 113 Douglas AD-4N Skyraider qu’elle utilise durant la Guerre d’Algérie. Les Skyraider emportent roquettes et bombes au napalm lors de missions d’appui aérien rapproché. Sur cette photo de © Laurent Quérité, le F-AZHK (20-LN) au meeting de Melun en 2019.

En 1961, les hélicoptères font également leur apparition, avec l’emploi de roquettes ou mitrailleuses lourdes sur les Bell UH-1 « Huey ».

Le CAS dans les guerres modernes

Plus récemment, guerre du Golfe (1990 – 1991) et Kosovo (1998 – 1999) n’ont pas véritablement donné lieu à des missions de type CAS. En effet, la guerre du Golfe fut séquencée en 2 temps : une action aérienne de 38 jours, combinée à une reconquête au sol après la première semaine. Quant au Kosovo, seules des opérations aériennes furent conduites.

Le saviez-vous ? En 1994, suite au stockage d’une partie de la flotte de A-10, ceux-ci furent proposés à l’US Army … qui refusa. Par ailleurs, de par leur grand nombre en opération, ce sont les F-16 qui détiennent le plus grand nombre de missions CAS.

Il faudra attendre les opérations en Afghanistan et Irak pour voir augmenter les demandes de soutien aérien à partir de 2001.

L’Armée de l’Air abandonnera le Lance Roquette F1 (LRF1) peu avant le retrait du Jaguar en 2005. Chaque panier pouvait emporter 36 roquettes de 68 mm (ici à Toul en 1993). Celles-ci furent utilisées notamment au Tchad dans les années 80 © Paul Schaller

Ci-dessous, la dernière campagne de tir du Jaguar à l’EC 1/7 Provence (séquences de tirs à 8:40).

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!