La montée en puissance des menaces électromagnétiques, décrite dans un récent rapport de la commission défense nationale sur la guerre électronique, impose une transformation profonde des plateformes de combat. Dans ce contexte, le Rafale occupe une place centrale : non seulement comme vecteur de puissance aérienne, mais comme nœud électromagnétique avancé, capable de détecter, caractériser, perturber et neutraliser les systèmes adverses dans un environnement saturé.
L’architecture Guerre Electronique du Rafale : un système intégré et distribué
Le Rafale repose sur une architecture de guerre électronique nativement intégrée, articulée autour du système SPECTRA (Système de Protection et d’Évitement des Conduites de Tir du Rafale). Le rapport rappelle que la France développe une expertise historique dans l’autoprotection aérienne : « Les forces aériennes stratégiques ont régulièrement modernisé leurs systèmes d’autoprotection […] au point de faire de la France un expert mondialement reconnu pour la qualité et le niveau de ses équipements. »
Capteurs Renseignement d’Origine ÉlectroMagnétique (ROEM) embarqués
Le Rafale combine plusieurs chaînes de détection :
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- Radar Warning Receiver (RWR) large bande (analyse impulsionnelle, identification de modes radar complexes).
- ESM (Electronic Support Measures) passif (triangulation, géolocalisation, classification).
- Analyse spectrale temps réel (détection de signaux LPI Low Probability of Intercept, radars AESA).
- Fusion multi senseurs (radar AESA RBE2-AA, OSF, liaisons de données).
Ces capteurs alimentent une bibliothèque de menaces mise à jour en continu, conformément à l’importance soulignée dans le rapport : « Ces informations sont répertoriées au sein de “bibliothèques”, dont les mises à jour sont essentielles. »
Actionneurs GE
Le Rafale dispose de :
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- brouilleurs DRFM (Digital Radio Frequency Memory).
- leurrage actif (génération d’échos synthétiques).
- leurrage infrarouge (flares intelligents).
- gestion dynamique de la signature électromagnétique.
La capacité DRFM est essentielle dans les environnements de haute intensité décrits dans le rapport, où les radars adverses adaptent leurs formes d’onde.

Capacités SEAD/DEAD : le Rafale comme plateforme d’entrée en premier
Le rapport parlementaire confirme explicitement que le Rafale est au cœur de la future capacité française de Suppression of Enemy Air Defenses (SEAD) : « Un démonstrateur de suppression des défenses aériennes ennemies par combinaison d’effets cinétiques et guerre électronique. »
Chaîne SEAD française en construction
La doctrine SEAD repose sur trois piliers :
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- Détection ROEM avancée (localisation précise des émetteurs).
- Brouillage offensif (dégradation des radars d’acquisition et d’engagement).
- Effets cinétiques (missiles antiradar, munitions stand‑off).
Le Rafale F4/F5 est conçu pour intégrer ces trois couches dans une boucle OODA (Observer, orienter, décider, agir) accélérée.
Effets combinés : GE + cinétique
Le Rafale peut :
Cette logique correspond à la « dialectique glaive/bouclier » évoquée dans le rapport.

Résilience électromagnétique : survivre dans un spectre contesté
Le rapport décrit un environnement où le brouillage est massif, permanent et organisé, notamment en Ukraine : « Le champ de bataille se caractérise par un environnement électromagnétique extrêmement dégradé, marqué par un brouillage massif, permanent et organisé. ». Le Rafale répond à ces contraintes par :
Une navigation possible en conditions dégradées
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- centrales inertielles de haute précision.
- fusion inertielle + radar + OSF.
- modes de navigation sans GNSS (Global Navigation Satellite System).
Des communications résilientes
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- liaisons de données à sauts de fréquence.
- modes LPI (Low Probability of Intercept) /LPD (Low Probability of Detection).
- communications directionnelles via antennes AESA.
Une gestion dynamique du spectre électromagnétique
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- l’évitement automatique des zones brouillées.
- la priorisation des liaisons critiques.
- la reconfiguration temps réel des formes d’onde.
Vers le Rafale F5 : guerre électronique cognitive et combat collaboratif
Le rapport insiste sur l’arrivée de l’IA dans la GE : « Des outils fondés sur l’intelligence artificielle […] capables d’analyser finement un signal adverse et de générer rapidement une forme d’onde adaptée. »
Le Rafale F5 intégrera :
- analyse cognitive du spectre (classification automatique).
- brouillage adaptatif IA.
- remote carriers spécialisés GE.
- capteurs distribués (essaims de drones ROEM).
Cette évolution transforme le Rafale en chef d’orchestre électromagnétique, capable de coordonner des effecteurs collaboratifs pour saturer, tromper ou neutraliser un système intégré de défense aérienne (IADS).

Rôle stratégique : le Rafale comme pivot de la supériorité électromagnétique française
Le rapport souligne que la GE est devenue un « tissu conjonctif » reliant toutes les fonctions opérationnelles. Le Rafale occupe une position unique dans cette architecture :
- plateforme de pénétration.
- nœud ROEM avancé.
- vecteur SEAD.
- relais de données tactiques.
- brouilleur offensif.
- coordinateur d’effecteurs collaboratifs.
Il constitue ainsi la pierre angulaire de la capacité française à opérer dans un environnement électromagnétique contesté.
À l’horizon 2028, dans le cadre du programme Archange, trois Falcon 8X équipés de la capacité universelle de guerre électronique (CUGE) fourniront une capacité ROEM du « haut du spectre ». Cette capacité est fondamentale pour renseigner les forces, cartographier les menaces EM et programmer les CME des Rafale avant leurs missions. Archange : Avion de Renseignement à CHArge utile de Nouvelle GEnération.





