Comment distinguer ces versions pourtant bien différentes ?

Le Rafale se décline en trois versions : le Rafale C monoplace, le Rafale M monoplace embarqué sur porte-avions et le Rafale B biplace. Peu d’éléments différencient finalement les trois modèles. Ainsi, il n’est pas toujours évident de différencier les deux versions monoplaces, C et M.

On estime que les trois versions partagent 80% de composants en commun. S’il est aisé de distinguer la version biplace, qu’en est-il des Rafale C et M, tout deux monoplaces ? Analyse …

Rafale MARINE et Rafale B « AIR » en approche de la base aérienne de Saint Dizier. Sous cet angle, il est encore plus difficile de distinguer les versions. Et pourtant, quoi de plus facile ! © Olivier Subtil. Différences entre le Rafale Marine et « Air » ?
Caractéristiques extérieures du Rafale Marine

Débutons par le plus facile : ce que l’on peut observer de l’extérieur.

Côte à côte, le Rafale MARINE se différencie d’un Rafale « AIR » (ici un biplace) grâce à son train avant qui lui confère une assiette à cabrer. On observe également ici son échelle intégrée totalement déployée © ? (si l’auteur veut se faire connaître, c’est ici)
1/ Le train d’atterrissage (Safran Landing Systems)

Indéniablement la pièce maîtresse du Rafale Marine, lui permettant appontages et catapultages à bord du porte-avions Charles de Gaulle, mais également sur les porte-avions américains.

Il permet une accélération de 0 à 240 km/h en 3 secondes et des résistances de 90 à 100 tonnes.

Le train avant de la version marine a la capacité de restituer l’énergie qu’il a emmagasiné lors de son enfoncement initial provoqué par l’effort de traction de la catapulte. Après le catapultage, l’amortisseur se reconfigure automatiquement pour permettre le meilleur amortissement possible en vue de l’appontage.

Lors du catapultage :

  • La barre de traction du train avant se place dans le sabot de la catapulte (launch bar).
  • Un brin à casser retient alors le train, le hold back, taré à 35 tonnes.
  • La pression augmente dans la catapulte et les réacteurs poussés à fond.
  • Le brin casse en atteignant 35 tonnes de traction.
  • Le train n’étant alors plus soumis à l’effort de traction, il restitue son énergie et provoque alors une impulsion verticale favorable à l’envol.

En définitive, les sorties de catapultes varient de 140 à plus de 170 kts selon les emports de charges et se réalisent sur à peine 75 mètres (contre 90 mètres sur les porte-avions américains).

Les trains avant et principaux ont été renforcés afin de répondre aux conditions difficiles d’atterrissage et de décollage que rencontre ce type d’appareil. Cette version renforcée est capable d’absorber une énergie verticale d’atterrissage correspondant à une vitesse de 6,5 mètres par seconde. Le train avant du Rafale M intègre la barre de catapultage (et son système opérationnel), et la technologie « jump strut » fournissant une poussée complémentaire lors du décollage.

Un des avantages de cet atterrisseur est sa manœuvrabilité au sol avec une roue qui peut être orientée sur 360°et pilotée sur +/-75° (dirav ou nose wheel steering).

Sur la partie haute du train avant, on observe un boîtier disposant de 3 lampes (vert, ambre et rouge). Il s’agit d’une information visuelle destinée à l’officier d’appontage, relative à l’incidence de l’avion. En revanche, à l’opposé, on y trouve un unique phare de roulage.

Le train avant « sauteur » du Rafale Marine
Train avant du Rafale MARINE avec sa « launch bar » (barre de catapultage). Les trappes du train sont également de plus grande taille que sur la version « AIR ». De même, on observe l’imposante barre reliant le train au fuselage (contrefiche) et capable de supporter la traction au catapultage (de 90 à 100 tonnes) © Cyril Defever
Train avant du Rafale « AIR ». De taille plus petite que la version M, les trappes sont également plus réduites. Le « compas » (ensemble de pièces articulées à la base du train en forme de triangle) est également plus petit © Philippe AMIEL
Sur la partie haute du train avant du Rafale MARINE, on observe un boîtier (BIP ou BIS) disposant de 3 lampes (vert, ambre et rouge). Il s’agit d’une information visuelle destinée à l’officier d’appontage, relative à l’incidence de l’avion (Badin Idrac Périneau du nom de ses inventeurs ou Boîtier Incidence Secours). A l’opposé, on trouve un phare de roulage. Au milieu se trouve la commande de direction (dirav) qui permet une manœuvrabilité supérieure à celle de la version « AIR » © Philippe AMIEL
La version « AIR » dispose de 2 phares d’atterrissage et roulage. Le diabolo (les 2 roues) sont également moins larges. Au milieu : la commande de direction © Philippe AMIEL
En avant, on observe la « launch bar », et en arrière, la fixation du « hold back » nécessaires au catapultage du Rafale MARINE © Julien Boulard
Le catapultage
« Launch bar » enclenchée dans le sabot de catapultage, le train va bientôt se libérer du « hold back » (il le tient par une sorte de pince). A ce moment-là, l’amortissement du train est à son minimum. Il se dépliera sitôt libéré du sabot en fin de course (détente verticale). Quand la barre de catapultage s’abaisse, les becs de bords d’attaque également, les plans canards se mettent droits et les élevons se lèvent automatiquement © Sébastien Lucas / Aerospot66
Le train avant « sauteur » du Rafale MARINE. Observez la cinématique de l’ensemble. Vulgariser son mode de fonctionnement revient à le comparer aux petits vérins qui équipent les coffres de voitures. Extrait de « Rafale, la suprématie aérienne » (André Bréand). Différences entre le Rafale Marine et « Air ».
Notez la « détente » verticale du train avant en sortie de catapulte, qui facilite la prise d’assiette © Hervé Dermoune
Le train principal
Train principal du Rafale MARINE. Notez la présence d’un anneau pour saisiner (attacher) l’avion sur le pont d’envol © Pascal Merret
Ci-dessus et ci-dessous : Rafale « AIR » et son train principal. en haut à gauche, le vérin de relevage aux côtés de la contrefiche © Philippe AMIEL

L’unique phare d’atterrissage et roulage est bien visible sur cette photographie d’un Rafale MARINE. Le phare est éteint en condition réelle d’appontage pour éviter l’éblouissement du personnel du pont d’envol © Cyril Defever
La découpe des trappes du train avant est différente sur la version « AIR » du Rafale © Guillaume Normand (photo zoomée et recadrée pour les besoins de l’article)
Découpe des trappes de train avant différente sur Rafale MARINE. Le logement est également plus large © Guillaume Normand (photo zoomée et recadrée pour les besoins de l’article)
Train principal du Rafale MARINE. En outre, les roues sont différentes et les jambes de trains plus larges © Guillaume Normand (photo zoomée et recadrée pour les besoins de l’article)
Train principal d’un Rafale « AIR ». Les « compas » sont totalement ouverts lors de l’approche © Guillaume Normand (photo zoomée et recadrée pour les besoins de l’article)
Cinématique de train

 

Le vérin releveur situé à l’arrière de la jambe de train du Rafale « AIR », pousse celle-ci en avant dans son habitacle, une fois la trappe ouverte © Sébastien Léonard (photo zoomée et recadrée pour les besoins de l’article)
La cinématique diffère sur le Rafale MARINE : la jambe de train recule en arrière à son sommet au niveau de la « genouillère », avant de remonter dans son logement en pivotant sur la contre-fiche © Philippe AMIEL
Entre les deux versions, la cinématique est identique pour le train principal : les vérins releveurs tirent les jambes de train en avant qui pivotent d’environ 90 degrés avant de plonger dans leur logement © Sébastien Léonard (photo zoomée et recadrée pour les besoins de l’article)
2/ Une échelle intégrée rétractable

Pour faciliter les opérations logistiques sur le pont d’envol, le Rafale Marine dispose de sa propre échelle pour monter à bord.

Echelle encastrable du Rafale MARINE. On aperçoit la commande extérieure de manœuvre. De même, elle peut être activée de l’intérieur de la cabine. Elle est ici partiellement déployée. Différences entre le Rafale Marine et « Air » © Pascal Merret
Mécanicien en train de refermer / ouvrir (?) l’échelle d’un Rafale MARINE. La commande extérieure est également associée à l’ouverture de la verrière (même endroit). Cette trappe d’accès est donc commune aux versions MARINE et « AIR » © Sébastien Léonard
Entièrement déployée, l’échelle intégrée du Rafale MARINE, ici sur le prototype M01 en 1993 © Jean-Sébastien Prigent
3/ Telemir (Alignement à la mer)

Ce petit appendice, visible au sommet de la dérive, est un récepteur infrarouge permettant au porte-avions de communiquer au Rafale Marine sa position avant catapultage. Toutefois, depuis l’apparition des centrales inertielles hybridées GPS, ce dispositif n’est plus utilisé.

Une connexion par câble peut néanmoins compenser la perte du signal GPS.

Antenne Telemir d’un Rafale MARINE. En dessous, se situe une partie de l’ensemble SPECTRA © Philippe AMIEL
4/ Crosse d’appontage

Située sous l’appareil, à l’arrière et entre les 2 réacteurs, la crosse d’appontage permet d’accrocher les brins d’arrêt lors de l’appontage. Contrairement à la crosse d’arrêt des versions « Air », celle-ci peut à la fois s’abaisser et se remonter. Par ailleurs, elle est considérablement renforcée pour permettre de stopper l’appareil sur environ 70 mètres à une masse de 13.5 tonnes.

Crosse d’appontage d’un Rafale MARINE © Cyril Defever
Le pilote peut abaisser ou remonter la crosse d’appontage © Pascal Merret
La crosse d’arrêt des Rafale C et B « AIR » est bien plus fine que celle de la version Marine. Par ailleurs, elle ne peut être qu’abaissée et nécessite l’intervention d’un mécanicien pour être relevée. Elle ne permet qu’un arrêt d’urgence en extrémité de piste (en lieu et place d’une barrière d’arrêt) © Philippe AMIEL
5/ Protections contre les brins d’appontages

Sous les réacteurs, ces protections permettent aux brins d’arrêt de ne pas endommager le fuselage lors de l’appontage.

On aperçoit les renforts de protections sous les réacteurs du Rafale MARINE. Différences entre le Rafale Marine et « Air » © Patrick Bertaux
Ce Rafale MARINE vient tout juste d’accrocher un des 3 brins d’arrêt sur le pont du Charles de Gaulle. On observe que le câble n’est plus qu’à quelques centimètres du fuselage © Philippe Livoury
6/ Les cocardes tricolores, ainsi que leur position

Si la Marine Nationale et l’Armée de l’Air affichent des cocardes distinctes, d’autres éléments permettent également de différencier la version Marine de la version « Air » du Rafale.

Inscriptions distinctives du Rafale MARINE, ici, le n°30. La dérive peut également recevoir l’insigne de Flottille. Différences entre le Rafale Marine et « Air » © Philippe AMIEL
Emplacement des inscriptions, insignes et cocardes sur le Rafale C n°113. Le numéro « 118 » est aujourd’hui remplacé par « 30 » pour identifier la 30e Escadre de Chasse de Mont de Marsan © Philippe AMIEL
7/ Le « vide vite » (dump fuel)

Système permettant de vidanger une partie du carburant, et permettre ainsi à l’appareil d’atteindre la masse admissible à l’appontage ou atterrissage. Il est absent des versions « AIR » du Rafale.

Sans lien direct avec le « vide vite », il est également possible de vidanger les réservoirs supplémentaires (on dit alors qu’on les « percute »). L’opération est dans ce cas irréversible.

Le « vide vite » du Rafale MARINE. Différences entre le Rafale Marine et « Air » © Cyril Defever
Retour de mission, le leader utilise le vide vite avant appontage © Nicolas Rey
Particularités dans le cockpit du Rafale Marine

Cockpit Rafale

En cabine, les spécificités sont elles aussi nombreuses et se manifestent sous formes de diverses commandes :

  • Un sélecteur CVN/CVN/GND pour l’alignement des centrales inertielles (sur porte-avions ou sur terre)
  • La commande de crosse d’appontage (sous la forme d’un petit crochet)
  • La commande de launch barre (train avant)
  • Un répétiteur d’incidence
  • Une montre chronomètre
  • La commande pour l’électro-pompe de secours hydraulique
  • La commande pour déployer l’échelle
  • Une commande pour activer le « dump fuel » (vidange carburant)
  • La VTH dispose également d’affichages spécifiques aux phases d’appontages et catapultages (indicateur d’accélération en sortie de pont par exemple)
  • La commande de la nacelle Narang (compatible sur toutes les versions, mais installée selon les besoins)
Cockpit d’un Rafale MARINE. On observe la montre sur la gauche. Dans l’aéronavale, on décolle et on se pose à heure précise ! © Thanks 😉
Les spécificités « internes » du Rafale Marine
  • La masse à vide : compte tenu de ses particularités, le Rafale M est le plus lourd. 9950 kg, contre 9350 et 9550 pour les versions C et B (renforts structurels, train d’atterrissage, etc.)
  • Electro-pompe. C’est une demande particulière de la Marine : elle consiste à pouvoir maintenir la pression dans la bâche hydraulique alors que moteurs et TGA sont éteints. Ainsi, les freins et la crosse restent manœuvrables. Une batterie supplémentaire alimente l’électro-pompe.
  • Un lest pour compenser la différence de poids du train avant.
  • Le siège éjectable est également conçu pour partir légèrement vers la gauche. Cela permet d’éviter l’îlot du porte-avions lors d’une éjection. Il s’agit en fait du siège arrière des Rafale biplaces, dont le siège avant part quant à lui sur la droite.
  • Le « belly« . Il remplace le feu anti-collision sous le fuselage (strobe) et son allumage est fixe.
  • La quantité de carburant est aussi légèrement supérieure (en raison de la conception différente de son réservoir groupe avant).
Les emports et configurations optées par la Marine
  • Bring back capability : afin de pouvoir apponter selon une masse autorisée, et sans forte dissymétrie, les configurations d’emports ne sont pas similaires à celles de l’Armée de l’Air. Ainsi, l’emport du missile SCALP se fait au point central, alors qu’il peut être double sur un Rafale « AIR ». Le catapultage doit répondre également au domaine de vol établit à l’issue des essais et qualifications. Toutes les configurations ne sont donc pas possibles, d’autant plus si le retour au porte-avions se fait avec un armement partiellement délivré.
  • Les emports exploités par la Marine : la nacelle NARANG (configuration « nounou » et « super nounou ») ou le missile Exocet par exemple. Attention toutefois, rien n’empêche un Rafale « AIR » d’emporter la nacelle Narang.
  • Point d’emport : son nombre est de 13 contre 14 habituellement, en raison de la taille du train avant (le point central avant est absent).
Outre le missile anti-navire Exocet emporté par ce Rafale MARINE, on observe également le « belly » © Cyril Defever
En France, ce sont bien les Rafale MARINE qui utilisent le plus la configuration dite « nounou » ou « super nounou ». Les Égyptiens également © Alexandre Bosle
Appontage d’un Rafale MARINE en configuration « Super Nounou », soit 4 réservoirs pendulaires largables. Mission « Foch » en 2019 © Nicolas Rey

Voilà pour l’essentiel …


NDLR :

Je tiens à remercier tout particulièrement Cyril Defever pour sa participation à travers de nombreuses photos. J’en profite pour rappeler aux lecteurs l’existence d’un superbe ouvrage relatif au Mystère IV, dont Cyril est co-auteur. Mentions particulières à l’ensemble des contributeurs qui m’ont aidés à la réalisation de cet article via notre groupe Facebook.

Mystère IV en service dans l’Armée de l’Air
Le Mystère IV en service dans l’Armée de l’Air. Edition 2019, 558 pages, format 21,5 x 30. Photos couleurs et NB, texte en français. Le livre est disponible à la Maison du Livre Aviation.

 

 

4 thoughts to “Différences entre le Rafale Marine et « Air »

  • Rittling Lucas

    Bonjour Philippe,
    Merci pour cet article, j’ai beaucoup appris !
    Et merci aussi pour les articles Facebook, les photos sont top ! J’y contribuerzi bientôt.
    Petite question : le vide vite étant positionné relativement près des tuyères, est il possible que le rafale puisse enflammer le carburant largué à l’image du F111 Aardvark ?
    A bientôt. Lucas

    Répondre
    • Philippe AMIEL

      Merci pour ces encouragements, Lucas.
      En effet, l’image du F-111 qui enflamme son carburant est bien connue, surtout en Australie.
      A ma connaissance, non, je n’ai jamais vu le Rafale en faire autant (et aucun autre appareil, d’ailleurs). Le F-14 également était capable de cela, car le vide vite était situé entre les 2 réacteurs. Pour info, il y avait une sécurité pour empêcher de faire cela par erreur au sol : un capteur « weight on the wheels » (WOW) qui détectait que le train d’atterrissage était comprimé, donc au sol (système qui servait aussi à bien d’autres choses). La vidange s’effectuait à environ 680 kg par minute.
      Le RA-5C Vigilante avait également cette capacité …

      Répondre
  • Piard gilles

    Votre xpose sur les specificites Rafale A ou M est tres intetessant pour un candide merci

    Répondre
    • Philippe AMIEL

      Merci. Nous essayons en effet d’apporter un maximum d’informations, du moins, ce qui est accessible à notre niveau.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!